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Thèse ENC (cote AN : AB XXVIII 1755)

Le duc, le châtelain et le territoire. La châtellenie d’Allinges- Thonon sous le règne du duc de Savoie Charles II (1504-1536)

Cœur du pouvoir princier savoyard sous le règne d’Amédée VIII, duc de Savoie, la châtellenie d’Allinges-Thonon n’est plus, dans le premier tiers du XVIe siècle, qu’une unité financière territoriale parmi d’autres au sein de l’immense appareil financier du duché, piloté par la Chambre des comptes. La cour de Charles II n’y fait que des passages fugaces, et lui préfère Turin, Chambéry ou Annecy. Le châtelain de Thonon, où plutôt son lieutenant, est chargé de la gestion de cette institution locale au nom du duc. En tant qu’officier territorial il cumule des prérogatives financières, judiciaires, militaires et administratives. Il rend tous les ans un compte de châtellenie, vérifié par les maîtres et auditeurs de la Chambre des comptes. Ces comptes sont riches en informations sur la gestion du châtelain et les modalités de l’exercice de cet office dans le premier tiers du XVIe siècle. Dans une région profondément ébranlée par le conflit qui oppose Charles II à Genève à partir des années 1520, cette étude tente de comprendre comment s’exerce le contrôle ducal sur ce territoire à travers l’étude d’une institution territoriale par excellence : la châtellenie.

Rédiger son testament selon le droit canonique (XIIe-XVe siècle)

Thèse non numérisée. Résumé : Pour les juristes français, les formes du testament sont le résultat d’une combinaison produite par l’influence du droit romain, des coutumes de l’ancienne France et de la législation révolutionnaire. L’apport du droit canonique à la formation du droit moderne et contemporain du testament, bien que majeur, est le plus souvent totalement passé sous silence. La réintroduction du testament au xiie siècle est incontestablement due à la redécouverte du Corpus Juris Civilis. Cet ensemble fournit du procédé une définition particulièrement claire, l’entendant comme un acte de dernière volonté révocable. L’influence du droit romain, d’abord importante dans le Midi, a donc conditionné la diffusion de l’institution dans la pratique. Très tôt, cependant, s’est opéré un mouvement de simplification des formes exigées. La plupart des règles romaines sont écartées. L’Église n’exige en réalité aucune formalité, mais seulement des preuves de l’acte. Cette attitude très souple permet au plus grand nombre de tester, le plus souvent simplement par oral. Ouvrir à chacun une telle possibilité a bien sûr d’abord pour but de permettre à tous les chrétiens d’effectuer des legs pieux susceptibles, au-delà du rachat de leurs fautes, de venir enrichir le patrimoine ecclésiastique. Cette politique n’en débouche pas moins sur une promotion sans précédent de l’acte à cause de mort et de la liberté de disposer.

Italie, design et politique : fabrique d’un modèle et transferts culturels vers la France (1964-début des années 1990). Étude fondée sur les archives de Gruppo Strum et Studio 65 à Turin

Thèse non numérisée. Résumé : Entre 1964 et 1969, les membres des groupes de designers Gruppo Strum et Studio 65 prennent activement part aux contestations étudiantes de la Faculté d’architecture de Turin. Ces événements ancrent chez eux, comme pour les architectes de leur génération, la pratique du projet de design dans un prisme politique. Les histoires de Gruppo Strum et Studio 65 inscrivent les relations entre design et politique en Italie dans une territorialité particulière, celle de la ville de Turin. Réfléchissant également à une plus large échelle, aussi bien géographique que chronologique, ce travail examine la part du politique dans la définition de l’italianité du design. Cependant, dans la démarche d’une histoire globale, force est de constater que l’italianité n’est pas un concept autochtone. Lieu de projection de fantasmes depuis plusieurs siècles, sa définition se construit dans un entremêlement de représentations provenant de l’extérieur des frontières de la péninsule, et notamment de la France. L’appréhension des relations entre la France et l’Italie autour du design se fait par l’identification des zones de contact, des multiples acteurs impliqués et de leurs stratégies. Cette méthodologie, qui repose sur le dialogue des sources écrites et orales, met en lumière les dynamiques de transferts culturels du design des deux côtés des Alpes. Le design italien, qui dans les années 1970 remplace progressivement la Scandinavie comme modèle de référence en France, alimente les créateurs français et stimule le désir des pouvoirs publics de posséder une industrie du design proprement nationale. Réciproquement, la réception des produits italiens en France induit un déplacement profond de leur sens et de leur statut.

Une paraphrase poétique des miracles du Christ à l’époque de la réforme catholique : le Thevrgicon sive De miracvlis Christi (1644) du P. François Vavasseur, s. j. Édition, traduction et commentaire

Le Père François Vavasseur (1605-1681) a été jésuite, professeur de rhétorique et théologien. Célèbre parmi les érudits de son siècle pour la pureté de son latin, il nous a laissé une œuvre abondante en vers et en prose, en particulier des paraphrases versifiées de la Bible. Après une monumentale paraphrase du livre de Job (1638), il aborde les Évangiles et écrit les quatre livres du Theurgicon (publiés pour la première fois en 1644). Seuls les deux premiers ont été édités et traduits ici. Cette œuvre de 2610 hexamètres dactyliques dans un style virgilien se compose de quarante poèmes allant de 19 à 200 vers, chacun raconte un miracle du Christ. Le titre provient d’une expression grecque trouvée chez le Pseudo-Denys l’Aréopagite qui désigne les œuvres divines, œuvres d’un Dieu ou œuvres qui révèlent un Dieu. Car tout le poème est un immense proclamation de la nature divine de Jésus. Largement influencé par La Christiade, épopée écrite par l’humaniste italien Marco Girolamo Vida un siècle plus tôt, il s’en distingue cependant par sa plus grande fidélité au texte biblique. Vavasseur est en effet un homme de la réforme catholique qui suit de très près le dogme et les interprétations traditionnelles de l’Écriture. Comme le pape Urbain VIII qui règne alors à Rome, il veut associer la poésie néolatine au grand concert baroque à la louange de la religion catholique triomphante. Il unit donc dans son poème tout ce qu’il sait faire de plus beau à ce qu’il juge être le plus vrai. Même s’il n’intervient pas dans le récit, on devine derrière son apparente neutralité et orthodoxie des choix personnels dans les débats théologiques de son temps, en particulier contre la mystique trop spéculative ou le jansénisme. Une œuvre profonde et savante ad maiorem Dei gloriam. Hélas il écrit dans un siècle où la littérature latine en France n’a plus l’influence et la valeur face à la littérature française et le Theurgicon, malgré quelques rééditions jusqu’au début du XVIIIe siècle, a vite sombré dans l’oubli.

Crimes sexuels et société à la fin de l’Ancien Régime. Le viol à Auxerre et à Sens au XVIIIe siècle

Thèse non numérisée. Résumé : Depuis les années 1970, les violences sexuelles servent de support aux chercheurs en sciences humaines pour explorer le monde de la justice, la condition féminine, les relations sociales, le lien familial, le règlement des conflits ou même, plus récemment, la notion de genre. Ces études transversales des crimes sexuels soulèvent et discutent peu à peu les préjugés qui pèsent sur la vie quotidienne sous l’Ancien Régime. L’essor de l’histoire sociale de la justice réactualise aujourd’hui la question du viol dans l’historiographie. Débats contemporains, sources difficiles d’accès, rareté des cas portés en justice : les freins à l’initiative de la recherche ne manquent pas. Longtemps considéré comme un sujet pervers et polémique, ce crime mérite pourtant le statut d’objet d’histoire à part entière. Les affaires sexuelles dévoilent la complexité du droit et du système judiciaire. La procédure criminelle croise quant à elle les intérêts individuels, les mentalités collectives ainsi que les normes relatives à la sexualité et à la violence. Les crimes sexuels mettent en lumière un certain nombre de mutations sociales à l’œuvre ou déjà achevées à la fin de l’époque moderne. L’angle monographique, qui vise les bailliages d’Auxerre et de Sens, au cœur de l’actuel département de l’Yonne, contribue à une lecture moins désincarnée du traitement des affaires de viol. Écrire un pan de l’histoire des crimes sexuels au XVIIIe siècle n’exclut pas en effet de s’intéresser à l’environnement vécu et aux destins des justiciables. L’univers dans lequel ces derniers évoluent influence les représentations du viol, à court terme durant le procès et sur le temps long de leur existence.

Haec qvalicvmqve svnt [...] pvblicvm accipiant : la réception des Silves de Stace chez les poètes de l’Antiquité tardive

Thèse non numérisée. Résumé : Les Silves sont un recueil de trente-deux poèmes datant du règne de Domitien (81-96) dont la plupart ont une finalité élogieuse. Elles connaissent un important succès chez les poètes latins de la fin de l'Antiquité (milieu du ivème siècle-viième siècle, d'Ausone à Veance Fortunat). La silve pose de graves difficultés de définition générique et le recueil de Stace est composé de pièces se rattachant à un grand nombre de sous-genres. Deux pièces, l'épithalame pour Stella et Violentilla et le généthliaque en l'honneur du poète Lucain, ont connu des succès particulièrement importants chez les poètes tardifs (notamment Claudien, Sidoine Apollinaire et Ennode de Pavie pour l'épithalame et Mérobaude pour le généthliaque), bien que l'établissement du christianisme ait poussé d'autres auteurs à considérer cet héritage avec plus de prudence (Paulin de Nole et Ennode de Pavie dans son généthliaque). Les épicèdes de Stace, pourtant nombreux, ont connu un succès moindre. Les poèmes descriptifs, qui nous ont longtemps retenus, connaissent un grand écho : les ekphraseis d’œuvres d'art et les catalogues de marbres sont pour Stace et ses héritiers sources d'admiration, à la fois prétexte à un encomium de l'objet en question (et par là de son propriétaire) et occasion de questionner leur propre pratique poétique. Enfin, les descriptions des grandes demeures de leurs mécènes fournissent à ces poètes l'occasion de présenter le regard qu'ils portent sur les relations entre l'homme et la nature, conception bien souvent directement héritée du poète napolitain. L'ensemble de ces reprises témoignent d'une communauté d'esprit entre Stace et ses épigones favorisée notamment par la finalité encomiastique de leur production qui s'exprime le plus souvent sur le mode indirect mais aussi par un intérêt réel pour les merveilles qui les entourent.

Du quadrivium aux disciplinae mathematicae : histoire éditoriale d’un champ disciplinaire en mutation (1480-1550). Une recherche de bibliographie matérielle et d’histoire sociale du livre à Paris au XVIe siècle

Thèse non numérisée. Résumé : Les premiers livres mathématiques imprimés à Paris sont publiés au début des années 1480 et sont encore proche des modèles médiévaux. Ils sont pris en charge par des libraires-imprimeurs qui publient souvent des textes scolaires et de facile écoulement. Dans les années 1550, cette production est tout à fait reconfigurée : les livres mathématiques sont devenus pour certains libraires-imprimeurs une possibilité de se positionner mais seulement dans la mesure où ils peuvent assurer le monopole de ces publications. Leur participation active dans l’élaboration de cette production, certes, avant tout pour des raisons économiques, favorise l’introduction à Paris d’une conception plus moderne des mathématiques, en même temps que les auteurs affirment progressivement un enseignement plus approfondi de ces disciplines dans les collèges parisiens. Notre recherche s’intéresse donc précisément à ces liens entre le monde de l’université et celui de la librairie et à la manière dont la généralisation de la technologie imprimée influence l’évolution des savoirs eux-mêmes : quelle est la part des libraires-imprimeurs dans cette histoire intellectuelle ?

Une mystique du cœur à l’âge baroque. L’Exercice des dix jours du père Joseph Du Tremblay

Thèse non numérisée. Résumé : Quoique surtout célèbre pour son action politique et diplomatique auprès du cardinal de Richelieu, François Le Clerc Du Tremblay, en religion le père Joseph (1577-1638), est aussi à l’origine d’une abondante œuvre spirituelle. Fondateur de la congrégation des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire, le capucin a multiplié les enseignements à l’usage des moniales. Ceux-ci, appelés Exhortations, forment un véritable recueil-bibliothèque, déployant une méthode d’oraison jusqu’à l’extase mystique, dans la veine du renouveau spirituel qui marque le début du Grand Siècle. L’Exercice des dix jours, chargé de baliser la retraite annuelle des religieuses, intègre en particulier le symbole du cœur du Christ à sa progression. Si les racines bibliques et médiévales, notamment bernardine et bonaventurienne, de la dévotion n’échappent pas au père Joseph, il adapte aussi le motif cardiaque aux intérêts du premier XVIIe siècle : soif d’image, exaltation de la Passion, souveraineté de la volonté (volontarisme), poids de l’intériorité. De fait, le père Joseph doit synthétiser des traditions multiples - école franciscaine, mystique abstraite et christocentrisme baroque - et les adapter à un public spécifique - les moniales, professionnelles de la prière. Les transformations du symbole cœur, métaphore fondamentale, sont ainsi l’indice de changements dans la compréhension du monde, de la société et de soi.

Le décor et le métier. Lucien Aguettand-Blanc, architecte-décorateur de cinéma (1901-1969)

Thèse non numérisée. Résumé : La carrière de Lucien Aguettand-Blanc s'étend sur près de cinquante ans. Du début des années 1920 à la fin des années 1960, il fut l'auteur des décors de plus d'une centaine de films et de deux séries télévisées. Dans les premiers temps du cinéma, le décor de cinéma présente, à bien des aspects, une grande proximité formelle avec le décor de théâtre. Les décors de films sont brossés par des artistes-peintres décorateurs de théâtre. La vie d'Aguettand, assistant de Louis Jouvet devenu décorateur de cinéma, révèle l'entrecroisement des histoires théâtrales et cinématographiques. Pourtant, Aguettand n'a jamais été artiste-peintre. La carrière du décorateur soulève donc par un biais nouveau la question des rapports entre ces deux arts, question qui a divisé les opinions des journalistes et professionnels du cinéma pendant de nombreuses années. Après une période d'expérimentations, le décor de cinéma prend son indépendance vis-à-vis du théâtre. De simples talents en peinture ne suffisent plus à faire un bon décorateur. Le métier nouveau de décorateur de cinéma englobe des savoir-faire d'une grande diversité, dans le domaine à la fois de l'architecture, des arts décoratifs et de la construction. Aguettand est l'un des premiers « architectes-décorateurs » de cinéma, terme qui vient bientôt refléter ce changement profond. Dès la période de l'Occupation, il s'engage pour défendre une vision exigeante du métier, luttant pour tenter d'élever le niveau de recrutement et pour faire entendre les besoins des départements de décoration auprès des autorités dont ils dépendent. L'étude de la carrière d'Aguettand dans sa globalité, jusqu'au montage de ses derniers décors, à la fin des années 1960, offre une vision d'ensemble, faisant de lui un témoin particulièrement intéressant des évolutions du métier de décorateur de cinéma.

La maison de Baux, construction politique et culture lignagère (milieu du XIIe-début du XIVe siècle)

Thèse non numérisée. Résumé : Parmi les plus prestigieuses maisons de l’aristocratie provençale au Moyen Âge, la maison de Baux interroge par sa capacité à perpétuer son nom et sa puissance par-delà les ruptures politiques qui scandent l’histoire de la Provence. Issus de la très haute aristocratie, les Baux parviennent à tenir tête aux dynasties comtales en se proclamant fidèles de l’empereur. Leur stratégie politique basée sur l’équivoque des pouvoirs et des influences dans la basse vallée du Rhône en fait des acteurs majeurs de la scène politique méridionale du milieu du xiie au milieu du xiiie siècle. Après l’avènement de Charles d’Anjou et de son frère Alphonse de Poitiers dans le Midi, le lignage se lance dans le service du prince. Il participe à la conquête du royaume de Sicile et récolte les fruits de la faveur royale sans pour autant renier son indépendance. Les Baux révèlent ainsi une singulière capacité à se comporter en princes sur leurs terres. Par le contrôle de l’écrit et des insignes du pouvoir (monnaies, sceaux et bulles, juridiction) la maison de Baux construit et met en scène sa domination sur la terre et les hommes. Ce faisant elle développe une haute conscience d’elle-même en élaborant précocement un récit et une culture lignagères puisant dans un passé mythique et célébrés par les troubadours. La cohésion de la parentèle et le maintien de relations distinctives face à l’Église singularisent encore les Baux. L’élévation qu’ils atteignent au début du xive siècle témoigne de la vigueur inentamée du lignage, de la principauté d’Orange aux baronnies des Baux et de Berre, sans oublier les comtés du royaume de Sicile.

Le Maître du retable Beaussant. Redécouverte d’un peintre angevin du XVe siècle

Thèse non numérisée. Résumé : Le Maître du retable Beaussant est un peintre redécouvert récemment et peu étudié jusqu’ici. Il doit son nom de convention à son œuvre principale, le retable Beaussant, œuvre découverte en 2007. La constitution du corpus des œuvre du maitre du retable Beaussant se fit en deux temps. Avant la découverte du retable Beaussant une série d’œuvres furent attribuées au même maitre sur la base de critères stylistiques, sans qu’il soit possible de le situer en Anjou. C’est après la découverte du retable Beaussant, conservé depuis longtemps dans le Maine-et-Loire, qu’il fut possible de situer cet artiste en Anjou . La découverte dans le Maine-et-Loire et la Sarthe de verrières dont les cartons furent réalisés par le maitre permet de confirmer son ancrage angevin. La découverte du Maître du retable Beaussant comble une lacune de l’histoire de l’art en Anjou : en effet la ville d’Angers, centre artistique brillant sous René d’Anjou (1409-1480) semble perdre son éclat après le départ et la mort de ce dernier. Aucune personnalité artistique majeure n’avait pu être rattachée à l’Anjou pour la période 1490-1520. Peintre de manuscrits, de panneau et de cartons de verrières, le Maître du retable Beaussant fut un peintre polyvalent. Il fut employé par des commanditaires tant laïcs qu’ecclésiastiques et fut proche de la famille de Laval, en particulier de Pierre de Laval et de la reine Jeanne de Laval, veuve du roi René. La redécouverte de ce maitre permet donc de mieux connaitre l’activité artistique en Anjou après la mort de René d’Anjou.

Eugène Renduel, parcours d’un éditeur au siècle des romantiques (1796-1874)

Thèse non numérisée. Résumé : Eugène Renduel, pourtant salué par ses contemporains comme une figure majeure de la librairie parisienne, tombe dès sa mort en 1874 dans un oubli quasi total, hormis pour quelques bibliophiles. Né dans la Nièvre en 1798, Pierre dit Eugène Renduel gagne Paris à vingt ans. Il s’intègre aisément dans le petit monde du livre et, installé rue des Grands-Augustins, connaît à partir de 1827 une carrière fulgurante d’une dizaine d’années. Il parvient à devenir l’un des éditeurs les plus fameux de l’école romantique : sur ses couvertures se côtoient les noms de Victor Hugo et de Charles-Augustin Sainte-Beuve, de Charles Nodier et d’Eugène Sue, d’Alfred de Musset et de Théophile Gautier. Renduel sait percevoir la richesse de ce foisonnement intellectuel et donne sa chance tant à des petits écrivains qu’à des étrangers comme les romantiques allemands Hoffmann et Heine. Cependant, très tôt, dès 1838, à ce qui pourrait passer pour l’apogée de sa carrière, Eugène Renduel amorce son retrait de la profession : il se porte acquéreur du petit château de Beuvron dans la Nièvre, près de sa terre natale, où il passe les trente dernières années de sa vie établi en tant que modeste notable local. L’inscription de la carrière de Renduel dans un laps de temps concentré entre la fin de la Restauration et les dix premières années de la Monarchie de Juillet fait de lui un témoin privilégié des transformations que connaît le monde du livre. L’étude de son parcours, de son catalogue et de sa manière d’exercer la profession d’éditeur fait de lui l’un des éditeurs les plus représentatifs de cette période de transition.

Une épopée jésuite sur la Genèse. Traduction et commentaire des trois premiers livres de la Sarcotide de Jacob Masen (1654)

Thèse non numérisée. Résumé : Le jésuite colonais Jacob Masen (1606-1681) publia en 1654 une épopée latine de cinq livres appelée la Sarcotide. L’héroïne est Sarcothée, la déesse de la chair, fusion d’Adam et Ève. Le diable, Antithée, l’attaque et elle commet le péché originel. Elle subit alors les malheurs racontés dans les trois derniers livres. L’œuvre est emblématique de baroque rhénan tardif par ses thèmes sur l’exubérance, la déchéance, la mort, les multiples ekphrasis et comparaisons. Masen s’inspire de nombreux poètes latins du Ier siècle – Virgile, Lucain, Horace – mais l’influence des Métamorphoses d’Ovide transparaît à chaque page dans les allusions aux mythes et les reprises stylistiques. Malgré le thème, qui reprend les chapitres 2 et 3 de la Genèse, l’influence des poètes latins est bien plus importante que celle des écrits bibliques et théologiques catholiques ou chrétiens. Cette œuvre tombée dans l’oubli fut brièvement connue au XVIIIe sièce quand un faussaire écossais, William Lauder, prétendit que Milton l’avait plagiée pour écrire Le Paradis perdu.

Le lion et la couronne. Les Estouteville, le roi et le royaume de France vers 1350-vers 1480

La maison d’Estouteville est une famille noble du pays de Caux, en Normandie, qui a existé entre le xième et le xvième siècle, mais a connu son âge d’or au xvème siècle. Pour comprendre cette ascension, il faut regarder en détail ce qui s’est joué pendant la guerre de Cent Ans, depuis le règne de Jean II le Bon et jusqu’à celui de Louis XI : l’ébranlement de la société et de l’économie, l’évolution des pratiques militaires, les mutations du groupe nobiliaire, et, surtout, ses nouvelles relations avec le roi de France ont poussé les Estouteville à s’adapter. Les stratégies qu’ils mettent alors en place constituent le cœur de cette étude. Une attention toute particulière à deux générations-clefs met ainsi en lumière aussi bien l’entrée des Estouteville dans le service du roi que leur politique matrimoniale, la mise en place de leurs réseaux de clientèle et leur mise en scène, quand bien même les difficultés auxquelles ils doivent faire face s’accumulent. Au-delà de ces analyses, le lecteur trouvera dans ce travail quelques mises à jour généalogiques sur une famille qui n’a pas été étudiée dans son ensemble depuis 1903, ainsi que des présentations détaillées de certains personnages-clefs, comme Jehannet, conseiller de Charles VI, Louis d’Estouteville, défenseur du Mont-Saint-Michel contre les Anglais, Jean de Torcy, grand maître des arbalétriers de France et capitaine d’une des premières compagnies d’ordonnance, et Robert d’Estouteville, prévôt de Paris.

L’avènement du chevalier à la massue. Écriture, incarnations et appropriation de l’Hercule bourguignon de Philippe le Hardi à Philippe le Beau (1363-1506)

Thèse non numérisée. Résumé : Hercule est certainement le héros du panthéon grec qui a connu la fortune la plus heureuse en inspirant aussi bien auteurs qu’artistes. Cependant, bien que ses représentations antiques et modernes aient durablement marqué l’imaginaire collectif, son sort au Moyen Âge reste largement méprisé. Il connaît pourtant un destin particulier à la cour de Bourgogne où est remis au duc Philippe le Bon le Recoeil des histoires de Troyes, le premier ouvrage ambitieux consacré à Hercule. Raoul Lefèvre, tout en s’appuyant sur la tradition littéraire médiévale, y adapte les épisodes de cette vie fameuse et compose ainsi un roman dont le succès immédiat, porté par les copies manuscrites et imprimées, dépasse largement la Bourgogne. Le patronage ducal favorise l’illustration par de talentueux miniaturistes flamands de cette transposition bourguignonne de l’imaginaire herculéen : ce héros, mis en scène au sein de cycles iconographiques originaux, incarne un idéal chevaleresque et courtois mis au service du pouvoir ducal. Bien plus, cette œuvre suscite chez de riches commanditaires un intérêt pour ce chevalier à la massue que manifestent la diffusion d’exemplaires illustrés du Recoeil et de tentures de la vie d’Hercule. À la cour, les ducs s’approprient ce héros qui intègre le panthéon bourguignon, si bien qu’à l’aube du XVIe siècle il est élevé au rang de lointain ancêtre de la maison ducale. Ainsi, avant même le retour de l’Hercule antique à la Renaissance, c’est à la cour de Bourgogne que cette figure illustre, qui n’avait jamais réellement quitté l’imaginaire des lettrés ou des artistes médiévaux, a connu sa plus éclatante réincarnation : l’Hercule des ducs de Bourgogne a conquis l’Europe occidentale en imprimant assurément sa marque sur le portrait de cette figure immortelle.

La Compagnie de Fives-Lille : heurs et malheurs d’un fleuron de l’industrie mécanique et métallique française (1861-1958)

Thèse non numérisée. Résumé : Dans la fièvre industrielle du Second Empire, deux entrepreneurs belges ayant acquis une grande expérience dans les entreprises de chemins de fer et de travaux publics, Basile Parent (1807-1866) et Pierre Schaken (1793-1870), associés à d’habiles ingénieurs, décident en 1861, de fonder la Compagnie de Fives-Lille. Bien qu’arrivée dans le secteur tardivement par rapport à ses concurrentes, la société, pensée dès le départ comme une grande entreprise connaît une ascension fulgurante. Grâce aux réseaux des deux fondateurs et à la convention de participation qui la lie à la société de Jean-François Cail, elle connaît un essor fulgurant et parvient rapidement à se hisser parmi le groupe de tête de constructeurs de locomotives. À partir de 1870, la compagnie oriente également son affaire en direction de l’équipement de l’industrie sucrière. Mais quand la conjoncture économique se dégrade à partir des années 1880, il lui faut repenser ses structures et envisager des solutions. Les progrès permis par la seconde révolution industrielle l’encouragent ainsi à renouveler ses fabrications. Après la Première Guerre mondiale, vient le temps des adaptations. Locomotives électriques et infrastructures en béton se substituent à la vapeur et aux infrastructures métalliques. Sur le marché international, l’entreprise doit faire face à une concurrence de plus en plus rude, l’amenant à envisager un futur commun avec son ancienne alliée puis concurrente, la Société des anciens établissements Cail. L’histoire de Fives-Lille entre 1861 et 1958 est donc celle d’une continuelle diversification.
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Les dieux du kiosque. L’apparition des vedettes sportives et les enjeux de leurs représentations dans la presse illustrée française de 1924 à 1939

L’Entre-deux-guerres marque la naissance d’une médiatisation importante des vedettes sportives. Celle-ci s’appuie sur les progrès techniques de la radio et du cinéma, mais aussi de la presse papier avec notamment deux hebdomadaires illustrés omnisports, Le Miroir des Sports et Match-l’Intran. L’étude exhaustive de ces titres, comparée à des magazines d’actualité généraliste, Vu et Regards, permet de comprendre les enjeux des représentations des sportives et des sportifs pendant les décennies 1920 et 1930. Les athlètes, en tant que modèles d’épanouissement physique, sont des vecteurs de la propagande des régimes totalitaires de cette période, qui voient en eux des modèles de l’homme nouveau, à l’instar du film de Leni Riefenstahl Les Dieux du stade. En France aussi, des débats idéologiques s’interrogent sur les politiques sportives à mener et des voix s’inquiètent du médiocre rang de la France sur la scène sportive internationale, qui est interprété comme un signe de déclin national. Par ailleurs, les représentations des vedettes sportives reflètent les rapports de domination de la société d’Entre-deux-guerres. Le sport féminin connaît ainsi une éclosion dans l’Hexagone à la fin de la Première Guerre mondiale mais la réaction conservatrice des années 1920 limite les activités acceptées pour les sportives dont les corps sont soumis à des exigences de pudeur et de grâce. Des vedettes noires acquièrent une réputation internationale mais sont encore considérées avec une vision coloniale soulignant leur différence. À travers l’étude de ces figures qui incarnent un certain idéal physique et moral, il est possible d’explorer sous un angle nouveau les représentations de la société française de l’Entre-deux-guerres.

Les chemins de l’exode : l’évacuation des collections publiques françaises pendant la Seconde Guerre mondiale. L’exemple des musées des Beaux-Arts de Lille, Cambrai et Valenciennes

Thèse non numérisée. Résumé : En 1939, les musées des Beaux-Arts de Lille, Cambrai et Valenciennes sont contraints d’évacuer leurs chefs-d’œuvre vers les châteaux de l’Ouest de la France. Cette évacuation, d’une ampleur inédite, fut planifiée autant à l’échelle locale par les conservateurs de musées, qu’à l’échelle centrale par la direction des Musées nationaux. Elle révéla les multiples sources de désaccords entre instances de l’État et instances municipales, mues par leur volonté d’indépendance. Pendant de nombreux mois, la préparation à l’évacuation, comprenant la protection des bâtiments muséaux, la confection des caisses propres à transporter des œuvres d’art ou encore la mise au point du trajet emprunté par les convoyeurs fut le quotidien des conservateurs du patrimoine et de leur personnel non mobilisé. Les dépôts censés accueillir les colletions de ces trois musées furent réquisitionnés afin d’héberger les trésors du patrimoine français. Aucun de ces dépôts n’était à l’abri : mauvaises conditions de conservation, absence d’acheminement de matériel, réquisition des lieux une fois l’Occupation décrétée furent des menaces récurrentes et ce, malgré l’action du Kunstschutz. En 1942, les dépôts concernés ainsi que le palais des Beaux-Arts de Lille durent être évacués une seconde fois. L’opération fut menée, au prix de maints problèmes avec l’administration allemande, par la direction des Musées nationaux qui avait la charge, depuis la loi d’août 1941, de veiller sur ces collections. Les œuvres de Lille, Cambrai et Valenciennes furent transportées au Grand-Lucé pour y rester jusqu’à la fin des combats de la Libération. Le retour dans leur écrin d’origine permit de dresser un bilan positif de ces différentes évacuations.
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La police du Châtelet de Paris (vers 1560-vers 1610). Compétences, identités et pratiques des commissaires et sergents

Au XVIe siècle et durant la majeure partie du XVIIe siècle, la police parisienne est caractérisée par une absence d’organisation institutionnelle forte et reste consubstantielle à la justice. La multiplicité des formes d’autorité urbaine coexistant avec la police du Châtelet, génératrice de conflits entre officiers, permet de mieux comprendre les difficultés de l’action policière. Une étude comparative des fortunes et des mentalités des commissaires et sergents, à la lecture des contrats de mariage et inventaires après décès, met en évidence l’hétérogénéité non seulement entre groupes d'officiers, mais aussi entre individus de même rang. Les trajectoires individuelles rendent compte des comportements et des choix politiques de fidélité ou de détournement du service royal. La gestion de l'ordre par les officiers est appréhendée préalablement par une étude de l'espace d’exercice des pratiques policières. Le quadrillage de la ville démontre une volonté de renforcement du contrôle et d’optimisation de la gestion de l'espace. Le travail quotidien des commissaires auprès des populations se révèle en partie à travers la matérialité et la variation des formes d'écriture des procès-verbaux. La politique de maintien de l'ordre public durant les troubles religieux se caractérise par des tentatives autoritaires de contrôle mises en place par le Châtelet concurremment avec les autres agents du maintien de l’ordre. L’hostilité croissante des catholiques envers les protestants, la contestation du pouvoir royal et la diversité des autorités urbaines participent à l’instabilité de l’ordre policier. Le point culminant de la perte de contrôle du roi sur l’ordre urbain est atteint lors de la Saint-Barthélémy, puis durant la Ligue. Après la reprise en main de la capitale par le roi et la pacification des troubles, les compétences du Châtelet sont peu à peu réaffirmées.

La librairie Millanges à Bordeaux au début du XVIIe siècle. Édition et étude de l’inventaire après décès de Jacques Millanges (1624)

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Stratégie et politique pendant la guerre du Rif (1921-1926)

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« C’est mon journal » ? Le bimensuel Femina de la Belle Époque aux Années folles (1901-1922)

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Des chameaux et des hommes. Les voyages d’Odette du Puigaudeau en Mauritanie (1933-1961)

Odette du Puigaudeau (1897-1991) a connu une certaine notoriété en son temps pour ses voyages en Mauritanie (mais aussi au Sénégal, au Mali et au Maroc) ; cependant, elle est aujourd’hui complètement oubliée. Fille unique, Odette du Puigaudeau quitte le château familial à 26 ans pour tenter sa chance à Paris, notamment comme journaliste. Son but ultime : partir à l’aventure, peu importe le lieu. Elle y parvient avec celle qui sera la compagne de sa vie, Marion Sénones (1886-1977), journaliste elle aussi ; en décembre 1933, elles embarquent pour de longs mois en Mauritanie, avec l’appui des autorités militaires et scientifiques. Ce premier voyage est un succès, avec deux livres et de nombreux résultats scientifiques, notamment en ethnographie et archéologie. Les deux femmes repartent de décembre 1936 à février 1939, puis entre décembre 1949 et septembre 1951. A cette date, Odette du Puigaudeau commence à être reconnue comme une spécialiste de la Mauritanie, mais les difficultés s’accroissent : relations difficiles avec les scientifiques mais aussi avec les autorités, dans un contexte de décolonisation où Odette du Puigaudeau prend parti de façon très arrêtée. En 1961, Odette du Puigaudeau et Marion Sénones s’installent au Maroc, où elles finissent leur vie. Les œuvres d’Odette du Puigaudeau (sept récits de voyages et de nombreux travaux scientifiques ou de vulgarisation tirés de ses expéditions) offrent à l’historien qui étudie les évolutions du voyage au 20e siècle, mais également à celui qui s’intéresse aux processus de décolonisation ou à l’histoire des sciences, la possibilité d’étudier le parcours d’un personnage singulier, souvent critiqué, presque toujours inclassable.

Le De Partibus Ædium de Francesco Maria Grapaldo : la pierre et l’eau. Édition critique et traduction du livre I, chapitres I et II

Thèse non numérisée. Résumé : Francesco Maria Grapaldo (ca.1460-1515) est une figure éminente du paysage humaniste dans la ville de Parme, à la jonction des XVe et XVIe siècles. Image type du notable lettré à l’antique, polygraphe et polymathe, il passa sa vie à cultiver sa connaissance des ouvrages antiques, et à la partager avec ses amis au sein du cénacle humaniste de sa ville natale, l’un des plus dynamiques du temps. Le De Partibus Aedium, ou traité sur les parties de la maison antique, est l’oeuvre de toute sa vie. Il en donnera quatre éditions successives de son vivant, chacune revue et augmentée par rapport aux précédentes, de 1494 à 1516, cette dernière imprimée de façon posthume. Son but : reconstituer pour son lecteur une image mentale, aussi précise, claire et détaillée que possible, de ce qu’était le mode de vie antique, au sein d’une maison imaginaire, lieu de vie aux murs rendus infiniment extensibles pour y contenir tous les objets, toutes les activités et toutes les fonctions du quotidien de Pline, Vitruve ou Cicéron. Ce lexique latin démesuré, aux allures de visite guidée, lui valut le surnom d’architectus auprès de ses pairs, lui que le pape Jules II avait déjà couronné poeta laureatus en 1512. Le présent travail tente de poser les fondations d’une réédition intégrale de ce texte, en présentant l’édition critique du texte latin des deux premiers chapitres du livre I et de l’ensemble de leur paratexte, ainsi que leur traduction française. Ces deux premiers chapitres sont ceux de la pierre et de l’eau : Grapaldo ouvre son parcours domestique avec l’élévation des murs, des portes et du seuil de la maison, avant de passer sous le porche et d’entrer dans la cour intérieure pour y décrire les installations aquifères, au coeur de la vie quotidienne romaine.

Une aventure artistique « à toutes les gloires de la France » : préfiguration, mise en place et postérité du musée historique de Louis-Philippe (1794-1892)

Thèse non numérisée. Résumé : Lorsque Louis-Philippe inaugure en 1837 le musée historique à Versailles, il inaugure également un avenir nouveau pour le palais. Abandonné par les souverains français depuis la Révolution et transformé dès 1794 en musée, Versailles fait l’objet sous l’Empire de grands projets architecturaux qui ne verront jamais le jour. La Restauration tente sans succès d’y préparer son retour, mais le palais est trop marqué par son passé glorieux d’Ancien Régime pour que les Français acceptent d’y voir s’y réinstaller le roi. La création des galeries historiques à partir de 1833 donne à Versailles une nouvelle identité, et constitue l’une des plus grandes entreprises artistiques du XIXe siècle. D’importantes collections y sont rassemblées, issues de dons, d’acquisitions ou encore de commandes, et comptent à la fin de la monarchie de Juillet environ cinq mille objets d’art. Sous la tutelle de l’administration des Musées, créée au début du siècle, le musée se construit au fur et à mesure du règne de Louis-Philippe, et s’adapte à un public de plus en plus nombreux et de plus en plus exigeant. Loin de disparaître avec la monarchie de Juillet en 1848, le musée continue de s’enrichir tout au long de la seconde moitié du siècle, tandis que l’administration des Musées, et par extension celle de Versailles, connaît d’importantes réformes. La fin du siècle est caractérisée par une histoire mouvementée, dont l’apogée se situe en 1870-1871 avec l’épisode de la Commune et l’installation des parlementaires au palais. En filigrane de l’histoire de Versailles se dessine ainsi celle des institutions, des collections et de la conscience patrimoniale au XIXe siècle, entre continuité et ruptures.

Ad majorem Virginis Mariæ gloriam. Visages d’une tradition confraternelle immaculiste à Saint-Séverin (XIVe- XXe siècle)

Thèse non numérisée. Résumé : Née au cœur de l’Université, première association immaculiste à Paris à la suite du modèle normand, la confrérie de la Conception Notre-Dame qui voit le jour dans l’église Saint-Séverin au XIVe siècle acquiert très vite un visage propre. Il lui est dicté par l’histoire et la composition d’un quartier, par sa place d’honneur voire son statut de confrérie-étendard dans sa paroisse, et par les missions dont elle se préoccupe prioritairement. Après une brève étude de ses origines médiévales, destinée à replacer la naissance de cette confrérie dans le contexte qui la voit s’épanouir, le cœur de ce travail se concentre sur l’époque moderne. Y sont examinés les différents aspects que peut prendre un tel groupe de piété paroissial et parisien, immaculiste et marial, bourgeois et notable, au fil des évolutions de cette période. Ses environnements géographiques, sociaux, confraternels et religieux donnés façonnent la confrérie en même temps qu’elle s’y adapte. Elle perdure alors malgré les aléas jusqu’à la veille de la Révolution française comme emblème d’une paroisse et gardienne de son culte marial. L’épisode révolutionnaire semble ensuite la faire disparaître et oublier. Alors que s’ouvre un contexte bien différent, la création à Saint-Séverin en 1840 d’une association immaculiste vouée à Notre-Dame de Sainte-Espérance, qui se réclame de la première, fait pourtant perdurer sinon son existence du moins son souvenir. De son origine médiévale à ses prolongements jusqu’au XXe siècle, la tradition qui fait de Saint-Séverin un sanctuaire immaculiste se donne ainsi à explorer dans le temps long, entre impression de continuité et inévitables ruptures et adaptations.
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Le « résumé de Paris » ? Le Palais-Royal de 1780 à 1815 : commerces, logements, divertissements

Encensé, fustigé, fantasmé : le jardin du Palais-Royal ne laisse aucun de ses promeneurs indifférent ! Le lotissement commandé par le futur Philippe-Égalité et construit par le maître maçon Berthault sur les dessins de l’architecte Victor Louis entre 1781 et 1784 bouleverse la parcelle princière. De champêtre promenade du beau monde, elle devient foire perpétuelle, centre commercial et lieu d’habitation. Objet intermédiaire entre le crépuscule de l’Ancien Régime et l’aube d’un nouveau siècle, ces constructions constituent un élément de transition de l’architecture commerciale au long terme, à la fois relais des foires, concurrent des boulevards et précurseur des passages couverts. Les logements modulables proposés se situent de même entre public et privé, maison individuelle et immeuble de rapport. Centre de divertissement, le jardin est à rapprocher des entreprises de tivolis et de vauxhalls lui étant contemporaines mais le cirque enterré en son centre est représentatif de la nature atypique de l’ensemble. La parcelle princière demeure en effet, sur la période étudiée, dans un état d’inachèvement chronique illustré par les différentes architectures éphémères adjointes à l’ensemble. Celles-ci sont supposées financer à court terme la suite des constructions. Les luxueuses galeries du jardin du Palais-Royal matérialisent de nouvelles habitudes de consommation et de promenade : au seuil de la transformation du badaud de l’Ancien Régime en flâneur du XIXe siècle, elles constituent l’un des premiers lieux de shopping parisien.

Deux « papyri mythologiques » funéraires de la Bibliothèque nationale de France

Thèse non numérisée. Résumé : Les incertitudes de la Troisième Période intermédiaire entrainent de profondes transformations des pratiques funéraires égyptiennes. L’abandon des tombes décorées à la XXIème dynastie (1069-945 av. J.-C.) concentre le programme décoratif et ses valeurs rituelles, religieuses et socioéconomiques sur un matériel restreint dont les « papyri mythologiques », spécifiques à cette période. Ces « miscellanées de l’au-delà » se caractérisent par la combinaison originale de motifs nouveaux ou issus de compositions antérieures et la prégnance de l’iconographie. Il s’agit ici de la publication et de l’étude de deux de ces papyri de la BnF. Tout en les replaçant dans leur contexte socioculturel, l’analyse de la conception matérielle et intellectuelle de ces manuscrits met en avant les spécificités techniques de leur fabrication et la cohérence de leur programme religieux. Fabriqué par la réunion de deux rouleaux distincts, le papyrus de Tanytamon (BNF Manuscrits Égyptien 170-171-172-173) s’inspire du Livre des morts en y adjoignant des scènes nouvelles comme la « scène cosmique » centrale. Il est possible de le relier à nombre d’autres objets. Le papyrus de Khonsoumes (BNF Manuscrits Égyptiens 155-154-153) est bien plus original. Son sens de lecture en fait la projection d’un espace tridimensionnel où la représentation de la renaissance du soleil est répartie entre trois compositions – le Livre des Portes, l’Amdouat et le Livre de la Terre dont il est une des seule attestations sur papyrus. Ces deux manuscrits d’exception sont donc centrés sur l’image de la renaissance solaire à laquelle s’associe le défunt.

Charles E. Bohlen, l’homme-clé des relations franco-américaines à l’heure du grand malentendu transatlantique, 1962-1968

Thèse non numérisée. Résumé : Cette thèse d’école sous la direction de Christine Nougaret (Ecole nationale des chartes) et d’Olivier Forcade (Sorbonne-Paris IV) porte sur l’activité diplomatique de Charles Eustis Bohlen, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en France, entre 1963 et 1968, dans le contexte des tensions internationales de la Guerre Froide et des relations franco-américaines. Il s’agit d’une étude critique de fonds variés : archives publiques et privées, en France et aux Etats-Unis, textuels, audiovisuels et iconographiques, qui reconstitue le point de vue d’un diplomate américain sur la France du Général de Gaulle. Elle interroge la nature des oppositions entre les deux pays sur les questions internationales qui ont marqué les années 1960 tout en apportant un éclairage sur la mission d’ambassadeur et son degré d’influence dans les négociations bilatérales.
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Entre pièce intime et espace fantasmé. Formes, décor et usages du boudoir de 1726 à 1802

Si l’on devait résumer le siècle des Lumières par une pièce, on choisirait certainement le boudoir. Espace considéré aujourd’hui comme féminin, qu’il soit vu comme coquet ou licencieux, on a tôt fait de l’associer à Marie-Antoinette et aux auteurs libertins. Mais le boudoir ne correspond pas seulement à une image fantasmée de l’Ancien Régime, par bien des aspects, il incarne aussi les profonds bouleversements que connaît l’architecture domestique à cette période. Il naît au début du XVIIIe siècle, alors que la distribution des appartements se diversifie et qu’on commence à imaginer pour chacune des activités de la vie une pièce adaptée. S’imposent alors salle de bains et salle à manger mais le boudoir, lui, s’oppose à cette progressive spécialisation fonctionnelle des espaces. Petite pièce pouvant servir de cabinet d’étude, de cabinet de toilette voire de petit salon selon les désirs du propriétaire, il reste toutefois toujours une sorte de retraite, souvent placée à l’écart de l’appartement principal. En tant que pièce privée, il est témoin de la transition d’une conception ancienne de l’intimité vers un sentiment nouveau : on souhaite désormais posséder une pièce à l’abri des regards, dans laquelle on pourra agir à sa guise. Seul espace qui ne soit semble-t-il pas contraint par des codes distributifs anciens, le boudoir, polymorphe et multifonctionnel, s’impose alors comme étant la seule pièce vraiment personnelle, que ce soit dans les grands hôtels ou, à la fin du siècle, dans des demeures plus modestes. En cela sans doute, davantage que dans son aspect fantasmé, il incarne véritablement le XVIIIe siècle.

Un miroir de la mission canoniale et épiscopale au XIIIe siècle. Les vitraux légendaires du chœur de la cathédrale de Rouen (1225-1230)

Thèse non numérisée. Résumé : Quoique les vitraux gothiques de la cathédrale de Rouen aient en grande majorité disparu, il subsiste dans le chœur six verrières basses dans un état de conservation remarquable. Certaines modifications de l’ordre des panneaux et plusieurs restaurations ont été identifiées par la critique d’authenticité, mais les verrières ont conservé dans l’ensemble un aspect très proche de l’original. Si ces vitraux sont célèbres depuis le XIXe siècle pour la signature du peintre-verrier Clément de Chartres et pour l’intérêt que porta Flaubert à la verrière de saint Julien l’Hospitalier, ils ont longtemps été délaissés par les historiens de l’art en raison des lacunes que comporte le programme, mais aussi parce qu’ils ont été rapidement relégués à un banal ensemble typologique. Cependant, ils forment un tout cohérent sur le thème de l’intégration au sein de l’Église, exprimée à travers une exaltation des sacrements, conformément aux orientations conciliaires de l’époque. L’Église de Rouen a effectivement pris part à l’élaboration du quatrième concile de Latran et les orientations doctrinales et disciplinaires portées par le concile sont déjà sensibles, près d’un siècle plus tôt, dans le traité Contra haereticos sive de ecclesia de l’archevêque Hugues d’Amiens. En outre, ces vitraux traduisent une insistance très forte sur la prédication, surtout auprès des juifs, que l’on peut probablement lier à une intention pastorale vis-à-vis de la communauté juive de Rouen. Ces thèmes, situés dans le chœur, au sein d’un espace avant tout destiné au clergé cathédral, invitent à lire les vitraux comme un miroir de la vocation pastorale, doctrinale, liturgique et disciplinaire que s’assignent les chanoines et les archevêques.

Carne amictus. Vêtir le prêtre, parer l’autel au temps de l’hyperréalisme eucharistique (fin XIIIe-début XVIe siècle)

Thèse non numérisée. Résumé : Au Moyen Âge tardif, la dévotion exacerbée au corps du Christ engendre, dans la chrétienté occidentale, un nouveau rapport visuel au rituel qu’est la messe. Depuis l’instauration de la Fête-Dieu jusqu’aux bouleversements de la Réforme, les textiles liturgiques, fluides et amovibles, rendent manifestes les gestes, les objets, les acteurs et les temps du rituel par un jeu de voilement et de dévoilement. Fragiles et méconnus, ces textiles ne sont pas moins des éléments essentiels de la « culture visuelle » de la fin du Moyen Âge. Les textes, les images et les textiles médiévaux eux-mêmes sont convoqués pour écrire une histoire d’un décor éphémère rituel. Envisagés dans une approche systémique, les textiles déployés autour de l’eucharistie, vêtements, parements et linges, forment un ensemble signifiant. Leurs couleurs, leurs décors et leurs mouvements sont liés aux temps et aux rythmes du rituel. Ils contribuent également à la création d’un « espace eucharistique » dont la visibilité est l’enjeu central de la dévotion du Moyen Âge tardif. Les textiles liturgiques sont intriqués dans un ensemble de rapports entre deux corporalités : le corps du Christ reconnu présent sous forme sacramentelle et le corps du prêtre qu’ils revêtent. Ils mettent en valeur la capacité quasi-démiurgique du célébrant et invitent à repenser la spiritualité sacerdotale. Cette anthropologie du rituel permet de reconsidérer le rôle des « acteurs » et des « spectateurs », des clercs et des fidèles, des hommes et des femmes à travers la donation, la réception, la possession, le toucher, la vénération parfois, des textiles liturgiques.

Gabrielle Réjane (1856-1920), comédienne et directrice de théâtre à la Belle Époque

Thèse non numérisée. Résumé : Comme le reste de la société française, le monde du théâtre connaît, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, d’importantes évolutions. À Paris, où le nombre de salles est considérable, le théâtre, qui était au cœur de la vie publique, assiste à la naissance d’une première société du spectacle dont il ne constitue pas l’unique élément, mais demeure l’épicentre. Un désir de renouveau se fait par ailleurs jour en son sein, porté notamment par le Théâtre Libre d’Antoine, considéré comme l’initiateur de la modernité théâtrale. Dans ce décor, comédiens et comédiennes occupent une place centrale. Bien que leur art, plus que tout autre, paraît fugace, force est de constater que la postérité de ces artistes est inégale : des trois actrices de la Belle Époque sacrées reines de théâtre par leurs contemporains, Réjane est sans nul doute celle dont le souvenir s’est le plus estompé dans la mémoire collective, au profit de Sarah Bernhardt et Julia Bartet. Pourtant, avec 112 pièces interprétées en 46 saisons théâtrales sur 13 scènes parisiennes différentes, 3 films tournés, 84 personnages dramatiques créés, un théâtre fondé et dirigé pendant 13 ans, 63 tournées effectuées, 29 pays visités et une nomination dans la Légion d’honneur au grade de chevalier, l’activité déployée par Réjane est loin d’être négligeable. Près d’un siècle après sa mort, la présente étude se propose de retracer le parcours de cette comédienne et directrice de théâtre et de questionner, en même temps que celui-ci se dessine, son positionnement dans le paysage théâtral de l’époque.

Les graffitis de la période médiévale et de la première modernité. L’exemple du château de Selles à Cambrai

Thèse non numérisée. Résumé : Cette thèse a pour objet de proposer dans un premier temps une synthèse sur les graffitis médiévaux, en France principalement, quelque soit leur contexte archéologique, afin d’essayer de comprendre ce phénomène et de proposer des pistes de lecture. Tous les aspects de ces écritures griffées sont étudiés successivement afin d’identifier leurs grandes tendances, de comprendre leur raison d’être, le genre de message qu’aurait voulu faire passer leur auteur et la raison du recours à ce type d’expression écrite plutôt qu’à une autre. Une application pratique d’édition de graffitis suit cette partie théorique. Trente-neuf inscriptions conservées par un exceptionnel concours de circonstances au château de Selles à Cambrai font l’objet d’une fiche de description individuelle, spécialement conçue pour rendre exploitables les informations que recèle chacune d’elles et faciliter leur comparaison. Différents outils mis au point durant les recherches sont également présentés : catalogue des graffitis datés, tableau des alphabets datés du château de Selles, inventaire des graffitis de France, bibliographie générale et état des sources pour l’étude des graffitis en France et dans quelques pays limitrophes.

Le revers de l’écaille. La sirène, entre nature et lecture, dans le livre imprimé à l’époque moderne (1475-1691/1692)

Thèse non numérisée. Résumé : Aujourd’hui, lorsqu’on parle de « sirène », c’est l’image d’une séduisante femme à queue de poisson qui se dessine dans l’esprit de l’interlocuteur. Il est tentant pour un regard anachronique de donner ce nom à la plupart des femmes pisciformes que l’on trouve dans l’art et la littérature, alors même qu’il désignait à l’origine des personnages mythologiques ayant pris l’apparence de femmes-oiseaux. Cette confusion, confirmée au Moyen Âge, a-t-elle perduré pendant l’époque moderne que l’on décrit si soucieuse de la lecture des sources antiques mais qui, parallèlement, admet souvent l’existence de monstres aquatiques ? L’absence d’une perspective centrée sur la matérialité du livre dans les études consacrées à la sirène était particulièrement criante pour une époque où l’imprimerie, grâce à la formidable diffusion de textes et d’images, rebat les cartes de la connaissance de la nature. Aussi les supports textuels concernant cette créature fascinante doivent-ils être considérés comme des vecteurs d’informations et des sources à part entière. En tant qu’être hybride et polymorphe, la sirène, créature de papier que l’on croit reconnaître dans le monde réel, soulève en effet des problématiques épineuses lorsque les auteurs modernes tentent de l’intégrer à leurs enquêtes sur l’ordre de la Création. Comment écrit-on sur la sirène entre le milieu du XVe et la fin du XVIIe siècle ? De quelle « sirène » parle-t-on ? En quoi est-elle révélatrice des défis que pose l’écriture de la nature dans cette époque tiraillée entre observation empirique et stéréotypes iconographiques, tissée d’enjeux touchant la production commerciale du livre et l’apparition d’autorités nouvelles ?

Devenir connoisseur : figures, stratégies et pratiques de l’amateur non académique chez Louis Petit de Bachaumont (1690-1771)

Thèse non numérisée. Résumé : Au sein du milieu érudit et artistique de la France du XVIIIe siècle, l’amateur d’art tient une place à l’importance croissante dans la construction d’un rapport nouveau aux artistes, aux œuvres et au goût pour les arts. Parmi les amateurs dont la postérité a conservé la mémoire figure Louis Petit de Bachaumont. Son nom reste associé aux Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des lettres, somme d’informations sur le Siècle des Lumières, qui ont beaucoup contribué à sa postérité en même temps qu’ils ont déformé son action. L’objet de cette étude est de réexaminer les stratégies qu’il a entreprises et les pratiques qu’il a développées pour être reconnu comme une figure d’amateur sans jamais avoir été reçu comme honoraire amateur ou associé libre au sein de l’Académie royale de peinture et de sculpture, gardienne du modèle académique de l’amateur. N’ayant mené aucune autre carrière que celle du service des arts, ses activités sont d’une grande diversité : rédaction de mémoires à l’attention de particuliers et de la Direction des Bâtiments du Roi, sauvetage de la colonne de l’Hôtel de Soissons, aide, conseils et recommandations aux artistes, estimation, attribution et intermédiaire dans la vente d’œuvres d’art, élaboration d’une collection personnelle, publication d’essais sur les arts. Son action pose surtout la question de la définition de l’amateur d’art et de son rôle social, politique et intellectuel au sein la République des arts et des lettres.

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